Déceler la douleur chez le chat

Déceler la douleur chez le chat  est parfois un véritable chalenge !  En effet cette espèce a la particularité de bien cacher sa souffrance et la gestion de la douleur chez le chat a été bien souvent ignorée.

Mais la douleur existe chez le chat comme pour d’autres espèces, et il est vrai que le chat l’exprime certainement d’une façon différente par rapport au chien ou l’homme.

 Mais au fond qu’est-ce que la douleur ?

La douleur est une sensation désagréable qui se développe suite à des stimulations des terminaisons nerveuses spécialisées que l’on appelle les récepteurs de la douleur.

On trouve les récepteurs de douleur dans tous les tissus : la peau , les parois des artères,au niveau de la  plèvre ( thorax) ,les organes abdominaux ,l’œil, au niveau du  système  nerveux central ( cerveau et moelle épinière)  et ces récepteurs peuvent être stimulés par des stimulus externe tels que : le froid ,la chaleur, les coups, les  blessures ,les  fractures ,des substances chimiques,…

Lorsqu’une région  du corps est endommagée ou  enflammée, le corps produit des substances   chimiques qui stimulent ces récepteurs de la douleur : ces substances sont la sérotonine, l’histamine, des prostaglandines et divers enzymes.

Ce sont ces médiateurs de l’inflammation qui sont responsables de ces stimulations de ces récepteurs de la douleur et une fois que ces récepteurs de la douleur sont stimulées, ils  transmettent une information au niveau du système nerveux central (cerveau)

Il semble qu’il y ait des espèces qui soient  plus sensibles  à la douleur.

Le chat semble être un animal qui est plus résistant par  rapport aux chiens et  supportent un seuil de douleur plus élevée.

Il est vrai qu’en médecine vétérinaire il est difficile d’évaluer le degré douleur car malheureusement nos animaux de compagnie ne nous  parlent pas. Mais par certaines observations on peut évaluer le degré de la  douleur.

Il a été mis en place des grilles d’évaluation de la douleur pour l’homme, mais pour le chat, à ma connaissance, il n’existe pas de telle  grille d’évaluation homologuée par la profession vétérinaire.

Quelles sont les signes de la douleur chez le chat ?

C’est VOUS, propriétaire de chat, qui est le mieux placé  pour déceler si votre compagnon a de la  douleur.

Comment ?

Par l’observation des  changements du comportement de votre  chat.

Un chat qui souffre aura les comportements et signes suivants :

Évite les personnes, va se cacher, va s’isoler

Peut avoir un comportement agressif (ce qui n’est pas son habitude), nerveux

Changements dans sa démarche, ses habitudes : boiterie, difficulté pour  se relever, raideur, ne saute plus sur sa position d’observation (ex : arbre à chats, appui de fenêtre,..)

Chat qui ne se toilette plus (poils ébouriffés, présence de nœuds,…) peut également aussi indiquer qu’il a présence de douleurs liées à l’arthrose du  chat par exemple.

Vocalisation anormale : miaulement inhabituel, gémissement, plus de  ronronnement

Malpropreté, difficulté pour aller à sa litière sont également des  signes qui peuvent  indiquer un problème douloureux tel que cystite ou dysurie   c’est-à-dire difficultés d’uriner (présence de calculs )

Perte d’appétit  voir ne mange plus (anorexie)

Augmentation de la fréquence respiratoire et  du rythme cardiaque.

Comme vous aimez  votre chat, vous allez très vite vous rendre compte de tous ces changements et aller consulter votre vétérinaire traitant.

Je tiens à faire une remarque au sujet des vocalisations : le chat ne miaule pas facilement lors de douleur Les seuls moments où vous risquez de l’entendre (cri assez perçant) sont : lors des régurgitations des boules de poils , lors de crise d’épilepsie ou une douleur TRÈS prononcée.

Chez le vétérinaire

Le vétérinaire vous  posera des questions sur les modifications de comportement du chat, car ce sont ces modifications qui vont lui indiquer qu’il y a bien présence de douleur

Au plus le vétérinaire sera précis dans son diagnostic, au mieux sera l’efficacité de son traitement. Pour cela il fera un examen minutieux avec, peut-être, des  examens complémentaires (radiographie, prise de sang, prélèvements, ..) pour confirmer et évaluer l’origine de la douleur chez le chat.

Comment soulager la douleur chez le chat ?

Le vétérinaire à deux types de molécules à sa disposition :

1)      Les  analgésiques (de type morphinique) : ces médicaments diminuent la sensation au niveau des récepteurs de la douleur ( anti-douleur)

2)      Anti- inflammatoires : nous en avons deux types  (AIS et AINS)

A) Les  analgésiques (opiacés, de type morphine) ) sont des médicaments à utiliser avec prudence chez le chat .

Ils en existent sous forme injectable ou par voie orale.

Ces produits sont de plus en plus utilisés par les vétérinaires francophones, mais ils sont depuis longtemps utilisés  par les vétérinaires des pays anglo-saxons.

Nous avons depuis 2008, un produit homologué  (AMM) pour le chat  qui s’appelle DOLOREX*. Il s’injecte par voie  sous cutanée.

Le fait d’injecter un produit comme le DOLOREX* en préopératoire, permet aussi de diminuer la dose de l’anesthésie ce qui n’est pas négligeable . Ce produit sera  utilisé lorsque que le vétérinaire fera une intervention chirurgicale sur les viscères abdominaux  (chirurgie douloureuse).

Il existe aussi un produit analgésique( Buprénorphine)  qui peut se mettre sous la langue ( Temgésic* sublingual) et qui est intéressant pour gérer la douleur chez le chat. L’avantage de cette voie sublinguale est qu’il est facile de gérer la douleur chez le chat, même au domicile du propriétaire.

Attention : Le vétérinaire, qui prescrit ce type de produit, doit avertir le propriétaire du chat qu’il va utiliser un produit qui est prescrit en médecine humaine pour des sevrages de substances illicites .

Le pharmacien risque de lui poser des questions à ce sujet.

Pour   les anti-inflammatoires, on a :

AIS (Stéroïdiens) : Prednisolone, la prednisone, la Dexaméthasone (corticoides ) , réservés pour des indications bien spécifiques et n’a pas un pouvoir anti douleur important.

AINS (anti inflammatoire non stéroïdien) :

Les produits disponibles pour le chat sont :

Méloxicam ( METACAM) :  0,3 mg/ kg

Acide Tolfénamique ( TOLFEDINE chat 6mg ) : 4mg/kg)

Je rappelle qu’il  y a  deux molécules à éviter chez le chat : l’aspirine et l’ibuprofène (ces molécules sont toxiques pour le chat)

La douleur chez le  chat après des chirurgies de convenance (castration – Ovariectomie)

On peut malheureusement  constater des chats souffrants après des chirurgies de convenance de type ovariectomie (stérilisation de chatte) ou  castration.

Lorsque vous récupérez votre compagnon après une telle chirurgie et si vous constatez ces signes  dans les heures et jours suivants:

Une position arc-boutée

La tête  en position basse et tournée vers la cicatrice

Se léchant de plus en plus sur la zone de la plaie opératoire

Je vous conseille de vous rendre chez votre vétérinaire  pour s’assurer qu’il n’y ait pas une infection !

Un chat qui a une convalescence post  opératoire de bonne qualité, est un chat qui dort « bien en rond », détendu, qui se lève sans problème, se déplace  avec la queue en l’air, est  interactif avec son environnement et a un appétit normal.

Note : un pansement après une ovariectomie est-il nécessaire chez la chatte ?

Pour ma part je le déconseille pour la simple raison que cela peut provoquer des irritations, voir même une infection .De plus la pose d’un pansement sur cette plaie génère un stress chez le chat !

Cette intervention nécessite une petite ouverture (1à 2 points de suture cutanée)  et la présence d’un pansement n’est pas nécessaire !

A l’heure actuelle, la médecine  vétérinaire propose  des protocoles d’anesthésie et de soins postopératoires bien rôdés et il est  dommage, voir inconcevable,  de constater  encore  des chats et des chattes souffrants  après des interventions chirurgicales.

Les  protocoles comprennent l’injection préopératoire (avant d’entamer l’intervention)   d’un analgésique de type morphinique, ensuite bien sûr un anesthésique  suivi d’une injection d’un anti-inflammatoire non stéroïdien de type carprofène .

En pratiquant de la sorte, on assure à l’animal  une récupération optimale après l’intervention et on va accélérer la  guérison. Car la douleur, bien sûr, empêche d’avoir une bonne guérison !

Renseignez-vous auprès de votre vétérinaire pour vous  assurer s’il pratique ce type de prévention !

La gestion de la douleur  n’est plus une inconnue  et comme en médecine humaine, elle doit être au centre des intérêts des praticiens.

Les vétérinaires en sont de plus en plus conscients  et propose de plus en plus ce  traitement préventif avec comme conséquence une augmentation des tarifs, car ces produits ne sont pas gratuits.

Mais en tant que propriétaire et attaché à votre animal, je pense que vous ne verrez aucun inconvénient  à ce que votre vétérinaire vous propose cette thérapeutique préventive.

J’espère que ce petit exposé sur la gestion de la douleur chez le chat vous a plu. N’hésitez  pas à laisser vos commentaires en dessous de l’article.