Le souffle cardiaque

l’un des motifs de consultation les plus fréquents en consultation de cardiologie féline

le souffle cardiaque du chat

 Présentation clinique

Un souffle cardiaque peut être entendu 
chez un animal présentant des signes d’insuffisance cardiaque, des signes de thrombo-embolie artérielle ou des syncopes, de manière fortuite, chez un animal asymptomatique ou chez un animal présentant des symptômes, qui en apparence, ne se rapportent pas à une affection cardiovasculaire. La présence d’un souffle cardiaque pourra être associée au tableau clinique de l’hyperthyroïdie (amaigrissement, polyphagie, polyuro-polydipsie, vomissements et diarrhée chronique, agressivité), ou de l’hypertension artérielle.

Souffle juvénile ou innocent

C’est un souffle d’éjection systolique dont l’origine est mal connu. Il serait dû à un flux sanguin turbulent dans la partie proximale du tronc pulmonaire ou de l’aorte, au moment de l’éjection ventriculaire, en raison d’un volume d’éjection systolique trop important pour la taille des vaisseaux. L’intensité du souffle serait influencée par le volume et la vitesse d’éjection : il est donc intensifié lors de tachycardie, ainsi que par la proximité des grosses artères avec la paroi thoracique.
C’est un souffle protosystolique à mésosystolique, de bas grade (entre I et III), de haute fréquence. Il est très difficile de le distinguer d’un souffle de sténose artérielle congénitale. Avec la croissance, les souffles juvéniles s’atténuent pour disparaître vers l’âge de 16 semaines. Epistaxis, cécité brutale, hématurie, troubles neurologiques).
L’auscultation d’un souffle cardiaque chez un chat est toujours à prendre en considération, mais les souffles cardiaques sans support lésionnel sont néanmoins fréquents dans cette espèce. A l’inverse, l’absence de souffle cardiaque n’exclut pas la présence d’une cardiopathie, car certains souffles peuvent être intermittents (souffles fréquence-dépendants) et certaines cardiopathies peuvent ne pas générer de souffle (myocardiopathies hypertrophiques non obstructives, myocardiopathies restrictives ou dilatées, communications interventriculaires inversées…).

Commémoratifs et anamnèse

Age

Si la présence d’un souffle cardiaque chez un chat de moins de un an doit faire suspecter une affection congénitale, elle n’en exclut pas moins la possibilité d’une cardiopathie acquise : en effet, l’âge des chats atteints de myocardiopathie hypertrophique peut varier de 3 mois à 18 ans. De la même manière, un chat adulte peut être avoir une anomalie congénitale détectée tardivement. Chez les chats âgés, un souffle peut être un signe d’appel d’hyperthyroïdie ou d’insuffisance rénale chronique.

Sexe

Lors de la gestation, un souffle cardiaque fonctionnel peut apparaître.

Race

Il semblerait qu’il existe une héritabilité de la myocardiopathie hypertrophique dans de nombreuses races telles que le Persan, le Main Coon, le Ragdoll, le Sphinx, le British et l’American Shorthair, le chat des forêts norvégiennes… Une mutation génétique pouvant être à l’origine d’une myocardiopathie hypertrophique a été mise en évidence chez le Main Coon et le Ragdoll.

Antécédents médicaux

L’hyperthyroïdie et l’insuffisance rénale chronique peuvent être à l’origine d’une cardiomyopathie hypertrophique générant un souffle cardiaque.

Présence d’un souffle cardiaque précédemment rapporté et évolution
Un souffle détecté chez un chaton peut s’atténuer avec la croissance pour disparaître en quelques semaines. Ces souffles physiologiques sont plus rares chez le chat que chez le chien. Un souffle peut également être intermittent ou fréquence-dépendant, c’est-à-dire qu’il n’apparaît qu’à partir d’une certaine fréquence cardiaque.

Examen clinique

Il faut rechercher les symptômes d’insuffisance cardiaque présents lors de cardiopathie décompensée.

L’hyperthyroïdie, l’insuffisance rénale chronique et l’hypertension artérielle sont responsables de cardiomyopathies secondaires. Les symptômes associés à ces maladies doivent être recherchés lorsqu’un souffle cardiaque est entendu chez un animal âgé.

Symptômes d’hyperthyroïdie

amaigrissement voir émaciation, masse thyroïdienne palpable, tachycardie, bruit de galop, souffle cardiaque

Symptômes d’insuffisance rénale chronique

abattement, ventro-flexion du cou, amaigrissement voire émaciation, déshydratation,

reins anormaux à la palpation abdominale : petits, fermes, nodulaires ou volumineux,

présence éventuelle d’ulcères dans la cavité buccale, « haleine urémique ».

Symptômes oculaires d’hypertension artérielle : les manifestations les plus fréquentes sont la cécité, les décollements rétiniens, les hémorragies rétiniennes et l’hyphéma. Moins fréquemment, on rencontre des uvéites antérieures, des glaucomes, des choriorétinites, des dégénérescences rétiniennes et des oedèmes de la papille.

L’auscultation cardiaque

Une auscultation cardiaque attentive doit être réalisée dans un environnement calme et silencieux.

Un souffle peut être décrit selon 5 critères.

Place dans la chronologie du cycle cardiaque et durée
Chez le chat, les souffles sont très fréquemment systoliques : ils surviennent entre B1 et B2. Un souffle systolique peut être protosystolique (en début de systole), mésosystolique (au milieu de la systole), holosystolique (pendant toute la systole sans couvrir B1) ou pansystolique (pendant toute la systole couvrant B1 et B2). Les souffles télésystoliques sont rares chez le chat.
Beaucoup plus rarement, ils peuvent être systolo-diastolique ou continu : on les retrouve sur l’ensemble du cycle cardiaque. Les souffles diastoliques, qui surviennent entre B2 et B1, sont très peu fréquents, chez le chat comme chez le chien.

Parmi les souffles systolo-diastoliques, il faut distinguer :

Les souffles continus dits en machinerie, qui commencent en systole et se poursuivent en diastole en couvrant B2. La persistance du canal artériel est la cause la plus fréquente de souffle continu,
les souffles qui résultent de la succession d’un souffle d’éjection mésosystolique puis d’un souffle diastolique decrescendo, mais laissant entendre B2 distinctement. L’association d’une sténose sous-aortique et d’une insuffisance aortique est la cause la plus fréquente de ce type de souffle.
Chez le chat, les souffles intermittents ou fréquence-dépendants physiologiques sont assez fréquents.
Ils peuvent ête dus à une obstruction dynamique de la chambre de chasse du ventricule droit.
Les souffles d’obstruction dynamique de la chambre de chasse du ventricule gauche, pouvant être présents dans les formes obstructives de myocardiopathies hypertrophiques, peuvent également être fréquence-dépendants.
Les souffles juvéniles sont aussi des souffles qui peuvent être fréquence-dépendants.

Intensité

L’intensité d’un souffle cardiaque est conventionnellement gradée sur une échelle de I à VI.

Grade I : souffle très doux et localisé, difficilement perceptible, pouvant être détecté après une auscultation très attentive dans un environnement silencieux.
Grade II : souffle doux mais perceptible après quelques secondes d’auscultation, localisé à une seule aire d’auscultation.
Grade III : souffle d’intensité modérée, immédiatement perceptible, localisé.
Grade IV : Souffle sonore avec irradiation, sans thrill précordial palpable.
Grade V : Souffle sonore avec irradiation, accompagné d’un thrill précordial palpable.
Grade VI : Souffle très sonore, audible en décollant légèrement la capsule du stéthoscope, accompagné d’un thrill précordial palpable.

L’intensité du souffle n’est pas toujours directement corrélée à la sévérité des lésions : en effet, un défaut septal atrial ou ventriculaire important n’est pas forcément associé à un souffle cardiaque, alors qu’un défaut septal mineur pourra générer un souffle très intense.

Tonalité

Elle dépend de la fréquence des sons qui composent le souffle.
Un souffle sera aigu ou grave selon que sa fréquence est respectivement élevée ou basse. Un souffle aigu sera plus facilement perçu qu’un souffle grave.
Un souffle sera musical s’il composé d’un son unique. Un souffle sera bruyant s’il est composé de plusieurs sons de différentes fréquences.
Selon la tonalité du souffle, les cardiopathies envisagées seront différentes.
Enveloppe sonore
Déterminer l’enveloppe sonore d’un souffle cardiaque grâce à l’auscultation peut se révéler difficile, en raison de la tachycardie présente chez le chat, en consultation.
Un souffle peut être en plateau, crescendo-decrescendo (dit en forme de diamant), ou decrescendo.
Les souffles d’éjection, secondaires à des lésions sténotiques, sont typiquement crescendo-decrescendo, alors que les souffles dus à des lésions de régurgitation sont dits en plateau.
Les souffles decrescendo sont rares chez le chat, car ils sont diastoliques.

Localisation du point d’intensité maximale et de l’aire d’irradiation
Le point d’intensité maximale correspond à l’endroit où le souffle est le plus audible. Il est localisé en fonction des aires d’auscultation des valves cardiaques. Cependant, chez le chat, les souffles cardiaques n’ont pas la valeur sémiologique qu’ils ont dans l’espèce canine. En effet, d’une part ils sont difficiles à caractériser sur le plan de la localisation en raison du petit format de la cage thoracique (il est donc conseillé d’utiliser un stéthoscope avec une petite capsule pour examiner les différentes aires d’auscultation indépendamment) ; d’autre part, la localisation dans l’espace est le plus souvent para sternale droite ou gauche, quelle que soit l’étiologie de l’affection cardiaque.

L’irradiation d’un souffle correspond au chemin que prend le souffle à partir de son point de départ. Elle indique approximativement la direction du flux sanguin. Son intensité est, par définition, plus faible, qu’à son point de départ. Selon son origine, un souffle peut irradier depuis son point d’intensité maximal aux autres aires d’auscultation, à l’entrée de la poitrine, le long des carotides.

Diagnostic différentiel du souffle cardiaque

La plupart des souffles cardiaques sont entendus chez des animaux cardiopathes. Cependant tous les souffles ne sont pas dus à une maladie cardiaque. Ils peuvent aussi être entendus chez des individus sains ou ayant une affection autre que cardiaque. Ces souffles sont dits anorganiques, c’est-à-dire sans support lésionnel.

Souffles physiologiques ou fonctionnels

La cause la plus fréquente de souffle physiologique est l’anémie. En effet, lorsque la concentration sanguine en hémoglobine est inférieure à 6 g/dL, la diminution de la viscosité sanguine associée à l’augmentation de la vitesse du flux sanguin produit des turbulences. Un souffle anémique est entendu lorsque l’hématocrite est inférieur à 18 à 20% chez le chat. C’est un souffle para sternal gauche, audible en début ou milieu de systole, de bas grade (entre I et III). Il est caractérisé par une haute fréquence et une basse intensité, typiques des souffles anorganiques. Il disparaît lorsque les paramètres sanguins se normalisent.

Un souffle physiologique d’obstruction dynamique de la chambre de chasse du ventricule droit (ODCCVD) a été découvert récemment chez le chat. Ce souffle a le plus souvent une aire d’auscultation maximale para sternale droite. Il s’agit d’une obstruction fonctionnelle, sans support lésionnel cardiaque, dans la chambre de chasse du ventricule droit : en milieu de systole il y a accolement entre la paroi libre du ventricule et le septum, induisant un rétrécissement allant jusqu’à l’entrée de l’artère pulmonaire.
D’après l’étude menée par Mark Rishniw et William P. Thomas, 88% des chats chez lesquels une ODCCVD a été diagnostiquée avaient plus de 4 ans. Seulement 20% d’entre eux avait une affection cardiaque concomitante, alors que parmi les chats de moins de 4 ans, 84% avait une cardiopathie associée.
73% des chats de plus de 4 ans avaient une maladie extracardiaque à l’origine d’une augmentation du débit cardiaque (hyperthyroïdie, maladie inflammatoire, anémie), ou une insuffisance rénale chronique, associée ou non à une hypertension artérielle systémique. Enfin, 9% n’avaient aucune pathologie.

L’hyperthyroïdie, l’hypertension artérielle systémique, la fièvre, la gestation, ainsi que toute affection systémique responsable d’une tachycardie ou d’une augmentation du débit cardiaque peuvent être à l’origine d’un souffle physiologique. Cependant, lorsque ces affections sont chroniques, elles conduisent fréquemment à l’apparition d’une hypertrophie ventriculaire gauche.

Les souffles pathologiques

Cardiopathies Type de souffle associé Localisation du souffle Intensité du souffle Durée et enveloppe sonore
Acquise : Myocardiopathie dilatée, restrictive Insuffisance mitrale Parasternal gauche Généralement très faible lors de MCD et de MCR. Holosystolique en plateau.
Congénitale : Dysplasie mitrale Variable mais sans corrélation à la gravité des lésions lors de dysplasie mitrale.
Acquise : Myocardiopathie dilatée, restrictive Insuffisance tricuspidienne Médiocardiaque ou parasternal droite Généralement très faible lors de MCD et de MCR. Holosystolique en plateau.
Congénitale : Dysplasie tricuspidienne Variable mais sans corrélation à la gravité des lésions.
Acquise : Myocardiopathie hypertrophique obstructive Obstruction dynamique de la chambre de chasse du ventricule gauche
Parasternal gauche De l’inaudibilité au grade V/VI, le souffle pouvant être fréquence-dépendant. Mésosystolique, en diamant.
Communication interventriculaire Médiocardiaque droit
Holosystolique, en plateau.
Persistance du canal artériel Basal gauche
Systolo-diastolique, en plateau durant la deuxième moitié de la diastole.

Examens complémentaires

L’auscultation d’un souffle cardiaque étant souvent un signe d’appel d’une cardiopathie, elle justifie la mise en œuvre d’investigations complémentaires, même en l’absence de symptôme. La démarche diagnostique consiste à remonter à l’origine du souffle, à l’aide d’examens complémentaires pertinents choisis à partir de l’ensemble des données récoltées au cours des commémoratifs, de l’anamnèse et de l’examen clinique.
Cependant, l’échocardiographie sera incontournable pour réaliser le diagnostic de certitude d’une cardiopathie: elle permet de visualiser les lésions qui la caractérisent, ainsi que les modifications cardiaques secondaires à l’existence de cette cardiopathie. Ces éléments sont essentiels à l’établissement du pronostic et à la mise en place d’un éventuel traitement.